John Campbell

Par Jacques Dulac.

Fils d’un travailleur de la construction, John Campbell est né le 20 janvier 1953 à Shreveport, en Louisiane. Il passera une bonne partie de son enfance chez sa grand-mère. C’est à l’âge de 3 ans qu’elle l’initiera à la guitare « lap steel ».

Ses parents déménageront quelques années plus tard pour Bâton Rouge et par la suite à East Texas. C’est là qu’il fera la rencontre d’autres musiciens. Dès l’âge de 13 ans, il fait déjà des spectacles en 1ère partie de grands noms du blues : Clarence « Gatemouth » Brown, Son Seals et Albert Collins.

La course automobile et les motocyclettes occuperont une place aussi importante dans sa vie que la musique. Encore adolescent, il participe à des courses de ‘‘drag’’ et subira un grave accident dans lequel il faillit y perdre la vie. Il s’en sortira avec plusieurs côtes brisées, l’affaissement d’un poumon et la perte de son oeil droit. Son visage sera aussi gravement touché et nécessitera près de 5000 points de sutures. Il sera marqué de plusieurs cicatrices. Pendant quelques instants, il aurait été déclaré cliniquement mort.

Il lui faudra presque un an pour récupérer de son accident. Tout ce temps, il le passera dans la solitude à ré-apprendre à jouer de la guitare. Il développera son propre style en apprenant tous les trucs de ses trois grandes influences: Lightnin’ Hopkins, Muddy Waters et John Lee Hooker.

Pour lui, la guitare est le meilleur moyen d’atteindre son intérieur, sa spiritualité et aussi de communiquer avec ses rêves et cauchemars.Avec l’accord de ses parents, il quittera le milieu familial à l’âge de 16 ans pour tenter sa chance à la Nouvelle-Orléans qui pour lui est la ‘‘Mecque’’ de la musique. Il y vivra comme musicien itinérant en jouant surtout au coin des rues et aussi près des stations services.

En 1985, il déménage à New York où il aura l’opportunité d’ouvrir pour certains des plus grands noms du blues. Un certain soir, il joue en 1ère partie de John Littlejohn et est remarqué par le guitariste Ronnie Earl qui sera impressionné par sa voix et son habilité à la guitare. Ils feront par la suite plusieurs spectacles ensemble et peu de temps après, Ronnie Earl lui offrira de produire son 1er album. ‘‘A man and his blues’’ qui paraîtra au printemps de 1988 sur Blue Rock’it Records, une petite étiquette de disques.

Sur l’album, on y retrouve comme invités: l’harmoniciste Jerry Portnoy que l’on a pu entendre entre autres sur l’album From the Craddle d’Eric Clapton, le batteur Per Hanson (Ronnie Earl et David Maxwell), le chanteur Darrell Nulish sur la pièce Judgement day et aussi Ronnie Earl sur quelques pièces. L’album qui passera inaperçu aux États-unis, sera quand même mis en nomination en 1989 pour un W.C. Handy; prix équivalent aux Grammys, mais pour le blues.

La même année, il participe au Mississippi Delta Blues Festival et en devient la révélation. Par la suite, il sera invité à se produire au New Orleans Jazz & Heritage Festival.

Durant un spectacle dans un restaurant de New York, il est remarqué par l’agent de Dr. John qui est fort impressionné par son matériel et aussi par sa prestance sur scène. Ce même agent ira par la suite lui négocier (avec une copie de l’album A man and his blues en main) un contrat de disques avec la compagnie de disque Elektra.

En 1991, il enregistre sur l’étiquette Elektra son second album One Believer. Il travaille avec le producteur Dennis Walker qui est mieux connu pour son travail avec Robert Cray. Il sera aussi accompagné en studio par les musiciens de Robert Cray. Le son de l’album est plus lourd et aussi plus électrique que le précédent mais on reconnaît quand même son style et ses phrasés qui font sa marque de commerce. On sent encore les influences de Lightnin’ Hopkins, l’un de ses maîtres.

L’album aura du succès, mais Campbell ne changera pas son mode de vie pour autant. Il continuera de jouer dans les petits bars et même dans la rue!La même année, John Campbell va se marier et demandera au président du chapitre local des Hells Angels d’être son garçon d’honneur. Ce sera le chanteur et pianiste de blues Dr. John qui procèdera à leur union.

1993, c’est la parution de son 3ème album: Howlin’ Mercy qui est beaucoup plus lourd et sombre que son précédent album One Believer… et qui nous présente John Campbell au sommet de son art. Ain’t affraid of midnight; une excellente version de la pièce Down in the hole de Tom Waits; When the levee breaks de Memphis Minnie McCoy (popularisée par Led Zeppelin en 1971 sur l’album IV); A wolf among the lambs et Saddle up my pony dans laquelle il fait référence à la pièce Me and the Devil blues de Robert Johnson sont parmi pièces les plus marquantes de ce solide album.

Ce troisième effort sera très bien accueilli par les critiques. John Campbell partira pour une tournée Européenne avec Buddy Guy.

Dû à l’accident qu’il avait eu au cours de son adolescence et aussi de ses excès de drogues et d’alcool, il aura une santé fragile. De plus, une peur le hantait depuis son accident: c’était de mourir dans son sommeil et c’est pour cette raison qu’il ne dormait que très rarement ou très peu…

A son retour de la tournée européenne, il entre en studio pour enregistrer quelques pièces avec le bassiste Tommy Shannon, membre du Double Trouble de Stevie Ray Vaughan, The Arc Angels ainsi que Johnny Winter dans les années 70. L’album qui fut enregistré 1993 regroupe plusieurs classiques du blues et ne paraîtra que plusieurs années plus tard.

John Campbell s’éteint dans son sommeil dans la nuit du 13 juin 1993 à l’âge de 41 ans. Il laissera dans le deuil: son épouse Dolly et aussi sa fille de 5 mois, Paris. Il sera incinéré avec des objets personnels et aussi des talismans. Le service se fera le 17 juin avec un éloge de Dr. John. L’urne sera transportée jusqu’à sa demeure sur une moto suivie d’une procession de Hell’s Angels.

En spectacle ou en studio, John Campbell se servait exclusivement de guitares acoustiques telles : une Gibson Southern Jumbo 1952 à laquelle il avait ajouté un micro de guitare électrique. Il utilisait aussi une National Steel 1934 et une National résophonique des années 40. Comme amplification, un Fender Super Reverb.

John Campbell qui commençait à peine à récolter les fruits d’un dur labeur, aura quitté ce monde juste au moment de la consécration. Il était sur le point de répéter l’exploit que Stevie Ray Vaughan avait accompli en amenant une renaissance dans le milieu du blues et aussi en apportant du sang neuf. John Campbell c’est un son, une attitude, un mode de vie, bref : “UN HOMME ET SON BLUES” que les amateurs de blues et de rock se doivent de découvrir! – Jacques Dulac

Discographie:

– Junction (Démo / 1974)
– A Man and His Blues (1988)
– One Believer (1991)
– Howlin’ Mercy (1993)
– Tyler, Texas Sessions (2000)

Site officiel:

http://www.devilinmycloset.net/john_campbell_home.htm
http://members.tripod.com/fraz2

Sources:

– 1000 Great guitarists (Hugh Gregory)
– Music Hound Blues: The essential album guide (L. Rucker)

This article was originally published at: http://www.geocities.com/illusionsauditives/johncampbell.html

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